Envahisseurs (French Edition)


Dans la lumière déclinante, les deux combattants se dévisagèrent, se soupesèrent. Jerki, les dents serrées, carburait à toute vitesse. L’autre, un sourire hilare fendant les lèvres jusqu’aux oreilles, sourire qui ébranla Jerki encore plus que tout le reste, se tenait jambes écartées et bras croisés. Il faisait face à un autre lui-même, un double tout craché. Le sourire arboré par l’autre était le sien. C’était vraiment lui, un soupçon fanfaron. Et il détesta cette partie de sa personnalité résultant, pensait-il, de sa grande taille et la confiance qu’il avait dans sa force, confiance qui l’avait bêtement lancé dans le piège. Il pouvait s’en remercier.

La seule explication acceptable, se dit-il en revenant à cette chose se pavanant maintenant en face de lui, était que l’individu avait l’intention de prendre sa place au sein du commando. Et le fait qu’ils aient pu le copier à ce point donnait la mesure du danger pesant sur eux tous. Il serra les poings tout en écartant les bras. En réponse à ce geste, une lueur cruelle passa dans le regard de l’autre. Je dois absolument gagner, se dit Jerki. Pas le choix. Mourir serait permettre à ce singe sosie de prendre ma place au sein de l’équipe pour mieux la détruire. Il n’en était pas question!

Tout son être se prépara à ce qui l’attendait. Le danger imminent et mortel ayant déclenché tous ses automatismes de défense et d’attaque, Jerki était maintenant totalement intégré à son environnement proche, concentrant son attention sur tout ce qui allait avoir une influence sur l’issue du combat. Il fallait vaincre, à tout prix. S’il se laissait avoir, le commando serait en grand danger. Ça, jamais! Puis ces salauds avaient massacré Fong.

Soudain l’obscurité s’abattit sur l’aire de combat. Jerki ne broncha pas. Il s’était attendu à un coup tordu. Ils allaient donc combattre dans l’obscurité. Et lorsque les lumières éclaireraient de nouveau la pièce, un des deux combattants serait mort.